Acte I, « Destruction de la famille »

Oncle Bob. Écoutez – j'adorerais rester. Vous croyez que je n'en ai pas envie ? Bien sûr que j'en ai envie. Quelle merveilleuse et chaleureuse maison, et cet accueil que vous m'avez tous fait, formidable. Il y a tant de raisons de rester ici – et toutes vraiment si convaincantes : l'odeur de viande grillée – le vin rouge – le crépitement du feu de bois* – ces deux adorables filles qui ont toute la vie devant elles – et même – si mon instinct est juste – et il l'est souvent – en général, il l'est toujours – même – dans le cas de la ravissante Debbie – oui regardez – la promesse – et comme ça s'accorde bien à cette période de l'année ! - la radieuse promesse d'une nouvelle vie qui s'annonce. PLUS la joie de revoir ma sœur – comment vas-tu Sandra ? N'aie pas l'air si effrayée, je vais bien – et de faire partie – grâce à son mariage avec Tom ici présent – je peux t'appeler Tom, Tommy? - ou est-ce que tu préfères Thomas ? - je ne suis pas sûr qu'il puisse m'entendre – peu importe, de faire partie grâce à ton mariage avec Thomas, Tom, qu'importe, maintenant partie de cette merveilleuse famille. Parce que je suis, oui, un membre de cette famille parmi laquelle – si ce n'est pas trop convenu de ma part – je compte cette dame Margaret – mais il me semble que vous préférez qu'on vous appelle Peg – oui : docteur Peg et Terry, ici même – Joyeux Noël, Terry – je compte ces deux êtres humains, Terry et Peg, parmi mes amis les plus chers – et je suis parfaitement sincère à ce sujet, même si je peux voir dans vos yeux – Terry – que vous ne me croyez pas nécessairement – ce qui est dommage. 

EXTRAITS

Acte II, tableau 5, « La liberté d'être bien + vivre pour toujours »

⁃  Je suis passé à autre chose. J'ai l'air bien. Je regarde dans le miroir : j'aime ce que je vois.

⁃  J'ai l'air bien. Je mange.

⁃  Je mange du chocolat. Je mange des

crèmes glacées. Je fais de l'exercice.

Je regarde dans le miroir : pas mal !

⁃  Je mange un légume. C'est un bon légume. Je mange un morceau de

viande.

⁃  Je mange de la viande. Je mange un

légume, je fais de l'exercice, je regarde dans le miroir, j'aime ce que je vois.

⁃  Je mange, je regarde, je vérifie

⁃  Je vérifie mon poids

⁃  Je vérifie mon allure

⁃  Je vérifie mon chocolat : oui le

chocolat est toujours là. 

*L'Arche est agent théâtral et éditeur du texte.

Dans la République du bonheur est un texte en trois parties.

  1. C'est Noël, Maman, Papa, Grand-mère, Grand- père, Debbie, Hazel dégustent la dinde, baignés par les lumières du sapin artificiel. Les discussions se font tantôt convenues et tantôt acerbes jusqu'à ce qu'apparaisse subitement l'Oncle Bob. Cette visite imprévue a pour dessein d'annoncer à toute sa famille qu'il quitte le pays avec sa femme Madeleine. Ils ne reviendront pas. Pour soulager sa conscience ou par pur sadisme Madeleine l'a chargé de dire à la famille toute entière combien elle les hait tandis qu'elle est restée à l'extérieur, dans la voiture. Une haine qui fait son corps se couvrir de plaques à la seule pensée de « l'air vicié de leur bulle conjugale ». Madeleine finit par apparaître sur scène prétextant une envie d'aller aux toilettes avant de se lancer dans une longue tirade haineuse et vipérine qui se termine par une chanson.

  2. Cinq tableaux se présentant sous forme de « libertés essentielles à l'individu » mettent en place un dispositif choral au sein de cette seconde partie. Les répliques sont attribuées ad libitum. Le quatrième mur tombe et la parole se fait incisive, directe, adressée au public ainsi constitué en juge, voyeur, médecin. Les tabous sociétaux et les angoisses collectives sont projetés en vrac dans une aspersion de mots qui affluent par débordements successifs : anorexie, peur de l'étranger, injonction au bonheur, hyper-sexualisation, place de l'État dans la vie privée et dispositifs de surveillance. On tombe ainsi dans une dramaturgie beaucoup plus déstructurée qui se détourne nettement des faux airs de théâtre de boulevard de la première partie.

  3. La partie finale, très brève, réunit face à face le couple Madeleine/Oncle Bob dans un dialogue cruel au sein d'une scénographie de plus en plus abstraite. Ainsi le microcosme de la bulle familiale devient le miroir de la société : ses névroses, ses obsessions, sa violence. 

ARGUMENT

2017. Compagnie Satin Rose. Association Loi 1901. compagniesatinrose@gmail.com

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